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Extrait d’article dans L’Expansion n°698, Juin 2005.

Notre amour du déficit

jeudi 26 mai 2005, par Jean-Louis Bourlanges, député européen UDF


Depuis des mois, les Français se déchirent à belles dents sur l’Europe, ses frontières, ses valeurs, sa Constitution. L’Europe a bon dos.

A travers ce psychodrame du référendum, les Français n’ont parlé que d’eux-mêmes, de la fragilité de leur modèle économique et social, de leur angoisse devant l’avenir, et de leur ressentiment contre les puissants.

... L’apparente rigueur de l’affrontement référendaire ne doit pas faire illusion. L’heure n’est plus aux confrontations franches. Le poison du trotskisme a remplacé le glaive du stalinisme. Nous vivons une guerre silencieuse et insinuante, qui pénètre partout, démoralise tout le monde et corrompt chaque chose.

L’expression la plus subtile et la plus ravageuse de la discorde française, c’est la dérive de nos finances publiques.

... Aujourd’hui, avec la mondialisation, la dérive budgétaire a pris le relais de la dérive monétaire. Les Français aiment le déficit. La rigueur les effraie, l’endettement leur est indifférent. Ils font semblant d’être keynésiens, d’utiliser l’arme budgétaire comme instrument contracyclique.

Tout cela est mensonger : il n’y a ni cycle, ni conjoncture, ni relance dans ce renoncement bientôt trentenaire à toute discipline budgétaire. Il n’y a qu’une dérive qui ne doit rien à la volonté et tout à l’impuissance : un déficit structurel multiplié par 3 en 20 ans, un endettement qui tend vers 100% du revenu national, la double peine pour nos enfants accablés par nos dettes et par notre dépendance programmée.

Le déficit n’est pas plus gage de générosité sociale que d’efficacité économique. Il suffit de comparer la sagesse suédoise à la prodigalité française.

Cette dérive est signe d’un désordre moral, d’une indécision de l’esprit, d’une division de la société. Elle exprime une incapacité à choisir.

Le drame français, c’est que la droite et la gauche sont aussi incapable de s’imposer que de coexister. Les Français veulent à la fois une fiscalité à l’américaine, une protection sociale à la suédoise et... une administration à la française. Chacun revendique, tout le monde cède, et l’Etat perd sa chemise.

La confrontation référendaire et la dérive budgétaire ne sont que les deux faces d’un même "dissensus". Ce n’est pas le budget qui est en crise, mais la démocratie. Prophète inattendu de la postmodernité budgétaire, le baron Louis avait déjà tout dit il y a près de deux siècles : "Faites-moi de la bonne politique, je vous ferai de la bonne finance".


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